Les tableaux d’Arcimboldo composés d’aliments, de fruits, de fleurs, … connurent un franc succès à la cour des Habsbourg. A l’origine, Arcimboldo fut engagé comme portraitiste de l’Empereur Maximilien II. Il exécuta également pour les fastes de la cour des décors et des costumes de cérémonie.
De ces figures d’apparat, il émane beaucoup d’humour et d’ironie qui n ‘échappèrent pas au public de l’époque. Pour ces têtes, Arcimboldo s’inspira du traditionnel portrait en buste de profil, encore très à la mode à Milan, au début du XVIème siècle. Il s’inspira également des figures de la mythologie classique, des Métamorphoses d’Ovides. Il représenta Rodolphe II en Vertumne, dieu romain de la Végétation et des Transformations, composé de fleurs, fruits et légumes.
Une autre source d’inspiration fut l’intérêt de la cour de Maximilien II, puis de Rodolphe II pour la nature et ses classifications. Les peintures de fleurs de la Renaissance et du début du Baroque dérivaient en particulier au progrès de la botanique à l’époque. Au XVIème apparaît dans toute l’Europe un intérêt scientifique pour la nature et les espèces cultivées.
Arcimboldo composa également des figures réversibles dépeignant ainsi deux sujets différents : un portrait et une nature morte. André Pieyre de Mandiargues a qualifié ces représentations de « natures mortes anthropomorphes ». Les légumes et les fruits de ces natures mortes sont disposés avec une ingéniosité aussi scientifique que professionnelle conformément à la tradition du XVIème.
L‘élément culminant de l’œuvre d’Arcimboldo est l’inventivité du peintre. Il fabriqua un art en s’inspirant des matériaux d’un autre art. L’artiste était un homme très cultivé. Ses tableaux furent créés pour divertir un cercle d’humanistes érudits dans les vies desquels les auteurs classiques étaient très présents.
Que cachent les créatures créées par l’artiste ? Sont-elles des monstres ou des merveilles mettant en exergue la beauté des espèces cultivées ?
Sources :
Arcimboldo (1526-1593), Frantz Kirchweger, éditions Skira/KHM
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Les études sur la peinture « gréco-romaine » mettent en exergue que l’iconographie antique représentant des motifs ornementaux tels que guirlandes de fruits, de fleurs, d’animaux, de compositions décoratives faites d’objets inanimés, a constitué un répertoire pour les artistes de la Renaissance.
Au début du XVème, l’art italien et la peinture flamande auront le désir de reproduire la réalité sensible, la vie quotidienne. Cette tendance, grâce à Brunelleschi, Donatello, Van Eyck, Campin, Van der Weyden, se répandra très rapidement dans la culture artistique européenne.
Inaugurée par Caravage et les Maîtres Flamands et néerlandais, à la fin du XVIème siècle, la Nature Morte décore les intérieurs bourgeois et va même orner des maisons ordinaires, tradition qui s’est maintenue jusqu’à ce jour.
Dès le début du XVIIè, la Nature Morte s’affirme et devient la principale expression picturale européenne de la fin Renaissance au début du Gothique.
Cependant, ce n’est qu’au XVIIIè que l’expression “Nature Morte” apparaît dans le vocabulaire artistique italien et français. Elle s’imposa très vite comme un art autonome.
Au XIXème, alors que se forment les grands musées nationaux et que l’Histoire de l’art devient une discipline à part entière, la « Nature Morte » est oubliée.
Non sans mal, les historiens du XXème ont peu à peu redécouvert les maîtres et les œuvres symboles des Natures Mortes.
Aujourd’hui, cette expression picturale est de nouveau au goût du jour et fait partie du paysage artistique contemporain pour le plus grand plaisir des yeux et du cœur.
Sources :
La nature morte, Gallimard,
Natures mortes, Claus Grimm, Herscher